petit carnet de recherche

Demander pardon : ce que disent vraiment les études

On a tous un avis sur la bonne façon de s'excuser. Mais qu'en disent les chercheurs ? Des psychologues ont mesuré, sur des milliers de personnes, ce qui fait qu'une excuse est pardonnée… ou pas. Voici ce qu'ils ont trouvé, et ce que tu peux en faire concrètement.

Par Smail Jame, fondateur de My Letter · publié le

sujet d'étude : le pardon

Oui, s'excuser aide vraiment à être pardonné

étude n°1 · 2010

175

études réunies, plus de 26 000 personnes

En 2010, trois chercheurs américains (Ryan Fehr, Michele Gelfand et Monisha Nag) ont rassemblé les résultats de 175 études sur le pardon, soit plus de 26 000 participants. Leur but : comprendre ce qui pousse une personne blessée à pardonner.

Parmi tous les facteurs étudiés, le fait de recevoir des excuses ressort avec l'un des liens les plus nets avec le pardon. Autrement dit, ce n'est pas qu'une politesse : une excuse change vraiment la façon dont l'autre voit ce qui s'est passé.

Les chercheurs notent aussi que la situation elle-même (ce qui s'est passé, comment on réagit après) pèse davantage que le caractère de la personne blessée. Bonne nouvelle : ce que tu fais après une erreur compte, et ça, tu peux le contrôler.

Les 6 ingrédients d'une excuse efficace

étude n°2 · 2016

6

ingrédients passés au crible

En 2016, une équipe de l'université de l'Ohio menée par Roy Lewicki a décortiqué les excuses en six éléments, puis a demandé à des participants de juger leur efficacité :

  1. 1Exprimer ses regrets : « Je suis désolé. »
  2. 2Expliquer ce qui s'est passé.
  3. 3Reconnaître sa responsabilité : « C'est ma faute, j'ai fait une erreur. »← le plus important !
  4. 4Montrer qu'on s'en veut et qu'on ne recommencera pas.
  5. 5Proposer de réparer.← juste derrière
  6. 6Demander pardon.← compte le moins

Ce qui compte le plus : assumer, puis réparer

Le résultat le plus net de l'étude : l'élément jugé le plus important est la reconnaissance de sa responsabilité. Dire clairement « c'est ma faute » pèse plus que tout le reste. Juste derrière vient la proposition de réparer.

À l'inverse, demander pardon (« tu me pardonnes ? ») arrive en dernier : c'est l'élément qui compte le moins. Logique : demander le pardon tourne l'attention vers soi, alors qu'assumer et réparer la tournent vers l'autre.

Autre enseignement : plus une excuse contient d'éléments, plus elle est efficace. Un « désolé » tout seul fait le minimum ; une excuse qui assume, explique et propose de réparer a beaucoup plus de chances d'être acceptée.

Pourquoi c'est si dur de dire pardon

étude n°3 · 2013

2

expériences sur le refus de s'excuser

Si s'excuser marche aussi bien, pourquoi a-t-on tant de mal à le faire ? Une étude australienne de 2013 (Tyler Okimoto, Michael Wenzel et Kyli Hedrick) apporte une réponse étonnante.

Les chercheurs ont observé que les personnes qui refusaient de s'excuser se sentaient ensuite mieux dans leur peau : leur estime d'elles-mêmes montait, ainsi que leur impression d'avoir du pouvoir et de rester fidèles à leurs valeurs. Ne pas s'excuser fait donc du bien… à son ego, et sur le moment.

Ça explique pourquoi on hésite, même quand on sait qu'on a eu tort. Mais ce petit confort se paie ailleurs : la blessure de l'autre reste ouverte, et la relation, elle, n'en profite pas.

En couple, la confiance change tout

étude n°4 · 2012

60

couples suivis jour après jour

En 2012, la psychologue Karina Schumann a suivi 60 couples mariés ou vivant ensemble. Chaque jour, les partenaires notaient dans un carnet leurs petites offenses, les excuses reçues, à quel point elles leur semblaient sincères, et leur envie de pardonner.

Résultat : les excuses menaient au pardon surtout chez les personnes très satisfaites de leur couple. Pourquoi ? Parce que plus on est heureux dans sa relation, plus on trouve les excuses de l'autre sincères, et c'est cette sincérité perçue qui pousse à pardonner.

La leçon : quand le couple traverse une mauvaise passe, les mots seuls convainquent moins. C'est le moment de montrer, en plus de dire : tenir parole, réparer concrètement, être là.

Ce qu'on en retient, en pratique

  • S'excuser vaut vraiment le coup : c'est l'un des gestes les plus liés au pardon.
  • Commence par assumer : « C'est ma faute » pèse plus que « je suis désolé ».
  • Propose de réparer, concrètement.
  • Ne fais pas de la demande de pardon le cœur de ton message : elle compte le moins.
  • Une excuse complète vaut mieux qu'un « désolé » tout seul.
  • Si tu as du mal à t'excuser, c'est normal : ton ego y gagne à court terme. La relation, elle, y perd.
  • Si votre couple va mal, accompagne tes mots d'actes : c'est ce qui rend tes excuses crédibles.

Mettre la science dans une lettre

Sur My Letter, ta lettre d'excuses suit naturellement ces étapes : tu écris ce que tu as fait et ce que tu regrettes, tu proposes un ou plusieurs « gages » pour réparer, et c'est l'autre qui choisit. La personne reçoit un simple lien, lit ta lettre au calme… et le bouton « Non » s'enfuit quand elle essaie de cliquer dessus. Les études ne l'ont pas encore mesuré, mais ça aide souvent à sourire.

Questions fréquentes

Quel est l'élément le plus important d'une excuse ?

D'après l'étude de Roy Lewicki (université de l'Ohio, 2016), c'est la reconnaissance de sa responsabilité : dire clairement que c'est sa faute. Vient ensuite la proposition de réparer.

Faut-il demander « tu me pardonnes ? »

Tu peux, mais c'est l'élément le moins important selon la même étude. Mieux vaut consacrer tes mots à assumer et à proposer de réparer.

Pourquoi a-t-on du mal à s'excuser ?

Une étude de 2013 a montré que refuser de s'excuser augmente sur le moment l'estime de soi et le sentiment de contrôle. C'est confortable pour l'ego, mais ça laisse la relation blessée.

Sources

  1. Fehr, Gelfand et Nag (2010), The road to forgiveness: a meta-analytic synthesis of its situational and dispositional correlates, Psychological Bulletin
  2. Lewicki, Polin et Lount (2016), An exploration of the structure of effective apologies, Negotiation and Conflict Management Research
  3. Résumé de l'étude de Lewicki par l'Association for Psychological Science : Effective apologies include six elements
  4. Okimoto, Wenzel et Hedrick (2013), Refusing to apologize can have psychological benefits, European Journal of Social Psychology
  5. Schumann (2012), Does love mean never having to say you're sorry? Journal of Social and Personal Relationships
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